Petit remplacement et grande hypocrisie

Qui fait le constat suivant ?

La population des Français issus de l’immigration est en expansion démographique et en mutation identitaire :

  • En 2006, près de 150.000 acquisitions de la nationalité française ont été accordées, en augmentation de 60% par rapport à 1995.(…)
  • Au début des années 2000, 2,3 millions de personnes âgées de 0 à 65 ans nées et vivant en France avaient deux parents immigrés ou un seul parent connu immigré (soit 5% d’entre elles) ; 1 million d’entre eux étaient des enfants ou adolescents de moins de 17 ans. (…)
  • Aujourd’hui, 6 à 7% des Français sont musulmans et 23% des français ont au moins un parent immigré.

  • Le nombre d’enfants issus d’une mère étrangère se renouvelle par ailleurs de façon croissante. A la fois relativement au nombre total de nouveau-nés : « en 2006, les enfants nés de mères étrangères représentent 12,0 % de l’ensemble des naissances. C’est un peu moins qu’en 2005 (12,4 %) mais en légère augmentation depuis dix ans : en 1996, cette proportion atteignait 9,6 % »( Bilan démographique 2006 : un excédent naturel record, Lucile Richet-Mastain, Insee). Et en valeur absolue : plus de 100.000 enfants sont nés de mère étrangère en 2008, un record historique, qui va de pair avec le plus grand nombre de naissances depuis 1981. La diversification du corps électoral par naturalisation d’enfants nés et vivant en France va se poursuivre.
  • A ces électeurs naturalisés puisque nés et vivant en France doivent s’ajouter les Français naturalisés nés à l’étranger. Leur part dans la population française s’est également accrue, passant de 2,15% en 1982 à 2,67% en 2004 (1.940.000).
  • Ces Français d’origine immigrée et enfants d’immigrés sont différents de ceux qui, désormais âgés, commencent à sortir du corps électoral pour cause de décès : ils ne sont plus issus majoritairement de pays européens et catholiques (Italie, Espagne, Pologne, …), mais de pays du Maghreb et d’Afrique, souvent musulmans. Ils sont de ce fait plus sensibles aux enjeux identitaires et aux discriminations. Le graphique ci-dessous, qui présente la structure par âge des descendants directs d’immigrés selon le pays d’origine des parents, permet de rendre compte de l’évolution en cours :

  • Cette tendance est appelée à se renforcer à l’avenir : en 2004-2005, les immigrés recensés viennent un peu moins encore du Portugal, d’Italie, d’Espagne qu’en 1999, et un peu plus d’Algérie, du Maroc, de Turquie et de Tunisie.(…)
  • Les « sans religion » sont désormais aussi nombreux que les catholiques, pratiquants réguliers et occasionnels réunis. Le renouvellement générationnel viendra peu à peu confirmer ces tendances, du fait de la baisse du nombre de baptêmes et du marquage par l’âge de la pratique religieuse.

 

Ce constat – objectif, clair et documenté – sur l’évolution de l’immigration et de la population en France ne provient pas d’une publication sur « le grand remplacement ». Il n’est pas tiré d’un journal d’extrême droite ou d’une brochure du Front National. Il est extrait d’un rapport de Terra Nova – think tank de gauche – publié le 10/05/2011 et intitulé « Gauche : Quelle majorité électorale pour 2012 ?« . Et Terra Nova est catégorique :

« C’est un fait politique important : la France de la diversité est aujourd’hui la composante la plus dynamique, tant électoralement que démographiquement, de la gauche en France. »

Elle prend modèle des Etats-Unis tout en reconnaissant – voire regrettant – la part plus faible des « minorités » en France :  » Les minorités constituent une population en expansion mais qui part d’un étiage relativement bas. (…) En regard, la part des minorités dans le corps électoral américain est passée de 15% en 1988 à 26% en 2008. En 2015, plus d’un nouveau né américain sur deux sera issu des minorités et peu après 2030, la majorité de la population sera non-blanche : les minorités seront devenues la majorité… »

Fort de ce constat, ce rapport préconise d’aller chercher « une nouvelle coalition de gauche » qui « réunit des électorats qui ne votaient pas pour la gauche (les femmes, les diplômés, les urbains) ou qui avaient très peu de poids politiques (minorités, non-catholiques) » sachant que « ce sont aussi tous les non-catholiques, notamment les individus d’« autres religions », composés à 80% de musulmans, qui sont plutôt enclins à voter à gauche. (…) Une ligne de conduite incontournable pour la gauche est de s’adosser à son nouvel électorat « naturel » : les jeunes, les minorités et les quartiers populaires, les femmes, les diplômés. C’est l’électorat « France de demain » qui est au cœur du vote de gauche« .

Pour attirer cette population, désignée comme « France de demain », c’est sur une approche culturelle plus que socio-économique que ce rapport préconise de s’appuyer : « Cette France de demain, en construction, est unifiée par les valeurs culturelles. (…)On peut aussi noter l’intensité à gauche des valeurs culturelles des jeunes et des minorités. (…)Il faut (…) noter le rôle désormais prépondérant des valeurs culturelles. Dans le passé, ce sont les valeurs socioéconomiques qui structuraient politiquement l’électorat. Ce n’est plus toujours le cas et le rattachement à la gauche de son nouvel électorat se fait plutôt sur les valeurs culturelles. »

Et quelles sont ces valeurs culturelles sur lesquels la gauche devrait s’appuyer pour fédérer la « France de demain » ? Elles apparaissent en négatif de ce qui est désigné comme les valeurs culturelles de droite : « l’ordre et la sécurité, le refus de l’immigration et de l’islam, la défense des traditions…  »

D’où une injonction à « mettre l’accent sur l’investissement dans l’avenir, (…) et avoir un discours d’ouverture sur les différences, une identité nationale intégratrice…  »

Cette analyse et cette stratégie éclairent d’autres notes et rapports de Terra Nova en faveur d’une grande perméabilité culturelle, des immigrés en général et de l’islam en particulier. C’est ainsi que ce think tank plaide en faveur de la pluri-nationalité , pour le vote des étrangers extra-communautaires, pour une France métissée ou pour une citoyenneté musulmane en France. Elle prône entre autres l’émergence d’une « puissante citoyenneté musulmane » et « l’avènement rapide d’une classe politique d’origine musulmane » et affirme que « le rôle du politique est (…) d’accompagner au mieux cette mutation en cours (…) et d’en définir les nouveaux équilibres culturels. C’est aux Français « de souche » de porter cette mutation , mais aussi aux Français musulmans« .

On peut être surpris de trouver un tel constat et une telle analyse dans un rapport d’un think tank de gauche. On peut trouver cynique une telle stratégie, une telle utilisation des « minorités » quitte à promouvoir une « mutation » culturelle. Ce que je trouve particulièrement choquant c’est l’hypocrisie du déni officiel de cette situation de la part d’une partie de la gauche – en toute connaissance de cause – et l’anathème jeté à ceux qui font le même constat sans approuver ou promouvoir les mutations que la gauche appelle de ses vœux (cf. Le Monde , Libération ou certains responsables et députés ocialistes).

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