Reconnaissance floue

Alors que le Parlement s’apprête à voter une « invitation » à reconnaître un état de Palestine, les partisans et les opposants à cette résolution s’affrontent à coup de slogans dont le bienfondé n’est en rien corrélé à l’aplomb avec lequel ils sont proférés.

Ainsi, d’aucuns avancent que la Palestine ne devrait être reconnue en tant qu’état que si elle était démocratique ou laïque. Force est toutefois d’admettre que bien peu d’états sont démocratiques et encore moins sont laïques – et que cela ne les empêche pas d’être reconnus comme état pour autant.

D’autres avancent qu’un état ne saurait exister que sur un territoire défini, et qu’il faut donc un accord sur les frontières avec Israël pour que l’état de Palestine puisse exister et être reconnu. Mais cet argument ignore l’existence de désaccords (voire de conflits) concernant les frontières de nombreux pays (Japon/Russie, Maroc/Algérie, Inde/Pakistan …) – et cela n’a jamais remis en question l’existence de ces pays. Israël lui-même n’existerait pas s’il avait dû attendre l’accord des pays arabes voisins pour fixer ses frontières …

D’autres enfin expliquent qu’il ne pourrait y avoir de reconnaissance d’un état dont les structures gouvernementales sont divisées :  l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie et le Hamas à Gaza. Si cela conditionnait la reconnaissance de l’état de Palestine, un pouvoir unique ouvrirait-il alors la voie à la reconnaissance – même si le gouvernement réunifié était aux mains du Hamas ?

Pour autant, faut-il se précipiter pour reconnaître un état de Palestine ? Les arguments des partisans d’une telle reconnaissance sont-ils davantage étayés ?

Les avocats d’une reconnaissance, à l’instar du Ministre des Affaires Étrangères Laurent Fabius,  avancent tout d’abord que le principe d’un état arabe en Palestine était établi dès la résolution 181 de l’ONU en 1947 – et que le principe de la reconnaissance d’un état de Palestine en découlerait de plein droit. Mais les tenants de cet argument feignent d’ignorer que les Arabes se sont empressés de rejeter cette résolution 181. Ils ont non seulement cherché à détruire le jeune état d’Israël mais la Transjordanie et l’Égypte ont annexé les territoires sur lesquels un état arabe de Palestine aurait pu voir le jour sans que les « Palestiniens » ne s’en émeuvent le moins du monde. La Charte de l’OLP de 1964 elle-même stipulait en son article 24 : « cette orga­ni­sation n’exerce aucune sou­ve­raineté régionale sur la rive occi­dentale du royaume hachémite de Jor­danie, sur la bande de Gaza ».

La même remarque est opposable à ceux qui estiment que la reconnaissance urgente de l’état de Palestine répond  au désespoir du « peuple palestinien » privé de ce droit depuis plus de 60 ans. Si l’aspiration profonde des Arabes était réellement de disposer d’un état, ce désir aurait pu être comblé depuis longtemps et à de multiples occasions (entre le partage de 1947 et 1967, lors des négociations de Camp  David en 2000 …). Si un retour d’Israël aux « frontières » de 1967 (qui ne sont que la ligne de cessez-le-feu de 1948 – pour répondre à l’exigence des pays arabes que cette ligne ne constitue pas une frontière) constituait la condition nécessaire et suffisante à l’avènement de la paix, comment se fait-il qu’il n’y avait pas la paix avant 1967 ?

Quant au prétexte fallacieux de « protéger » les Palestiniens des « violences » israéliennes, il est d’une hypocrisie sans nom. Ce sont les Palestiniens qui agressent Israël, déversent sur Israël une pluie de roquettes dont le peu de victimes n’est dû qu’au génie israélien pour protéger leur population sous un bouclier anti-missile (« Dôme de Fer »), puis ces mêmes Palestiniens utilisent leurs propres civils comme boucliers humains pour crier à « l’agression ». Les nombreux attentats récents commis par des Palestiniens contre des Israéliens juifs – dont une attaque dans une synagogue à Jérusalem – prouvent au contraire que ce seraient les Israéliens qu’il faudrait protéger !

Reste enfin l’argument d’une reconnaissance d’un état de Palestine pour faire avancer la paix alors que les négociations seraient au point mort.

Notons tout d’abord que ce dernier argument procède d’une inversion des causes et des conséquences énoncée par ceux-là même qui en sont les promoteurs. Ainsi Laurent Fabius indique dans son allocution au Parlement que la reconnaissance découlera de la résolution du conflit mais en même temps que la reconnaissance devrait avoir pour conséquence la résolution du conflit :

« Le texte qui vous est soumis affirme «l’urgente nécessité d’aboutir à un règlement définitif du conflit permettant l’établissement d’un Etat démocratique et souverain de Palestine en paix et en sécurité aux côtés d’Israël» ».

Cause : Le règlement du conflit.
Conséquence : l’établissement d’un Etat de Palestine.

« Et il «invite le Gouvernement français à reconnaître l’Etat de Palestine en vue d’obtenir un règlement définitif du conflit». »

Cause : l’établissement d’un Etat de Palestine.
Conséquence : Le règlement du conflit.

L’inversion des causes et des conséquences dans le même paragraphe est flagrante.

Remarquons ensuite l’extraordinaire complexe de supériorité, l’attitude paternaliste et condescendante de l’Europe en général, et de la France en particulier, qui considère que les deux parties ne peuvent être « livrées seules à elles-mêmes » et auraient besoin d’un « accompagnement » – telles des enfants qui auraient besoin de l’accompagnement d’adultes pour résoudre un différent de cours de récréation. Imposer un règlement de l’extérieur, sans l’adhésion des gouvernants et des peuples concernés, a-t-il la moindre chance d’aboutir réellement à une paix véritable ?

Car telle est la question principale concernant une éventuelle reconnaissance d’un état de Palestine. Quelles seraient les conséquences de cette démarche sur les négociations entre Palestiniens et Israéliens et sur l’instauration de la paix ?

Or justement, si les Palestiniens se voient offrir la reconnaissance d’un état sans négociation,  pourquoi iraient-ils négocier ? S’ils peuvent obtenir ce qu’ils demandent sans reconnaissance d’Israël en tant qu’état juif, sans acceptation de la fin du contentieux, pourquoi prendraient-ils des décisions difficiles pour eux ?

Car  M. Fabius a beau affirmer que « la position du Gouvernement français se veut à la fois positive et équilibrée », quel équilibre y a-t-il quand la seule « pression de communauté internationale » ne s’exerce que sur Israël ? Quelle pression M. Fabius entend-il faire sur le Hamas ou même sur M. Abbas quand il annonce à l’avance que, quelle que soit l’absence de compromis des Palestiniens, ils seront récompensés par une reconnaissance automatique ? Quelle paix peut être espérée si M. Abbas se voit offert la reconnaissance qu’il attend alors même qu’il ne cesse de clamer qu’il ne reconnaitra jamais Israël comme état juif ?

N’oublions pas que les concessions unilatérales d’Israël envers les Palestiniens, loin d’être perçues par ces derniers comme des gestes de bonne volonté, ont été interprétées comme des signes de faiblesse et des encouragements à redoubler de violence. Le retrait de Gaza en 2005 n’a pas été un accélérateur vers la paix, mais n’a engendré que la prise de pouvoir du Hamas, plus d’attaques sur Israël depuis ce territoire et plus de guerres en retour.

Une reconnaissance sans condition de l’état de Palestine n’aurait pas uniquement un effet dévastateur sur les efforts que les Palestiniens seraient prêts à faire pour parvenir à un accord, elle saperait également la confiance que les Israéliens pourraient porter à tout accord avec les Palestiniens sous l’égide de la « communauté internationale ».  Il n’est que de rappeler que les accords « Oslo II » spécifiaient (article XXXI.7) que le statut de la Cisjordanie et de Gaza ne devait pas être changé tant que les négociations n’avaient pas abouti. Le changement de statut induit par la reconnaissance de l’état de Palestine signifie donc de facto la fin des négociations. Quelle crédibilité la France pense-t-elle donner à quelque négociation ou quelque accord que ce soit si elle bafoue si légèrement les accords précédents ? Comment Israël pourrait encore avoir la moindre confiance en de tels accords ?

Si la France souhaitait réellement faire avancer la cause de la paix et la « solution à deux états », elle devrait conditionner la reconnaissance d’un état de Palestine à celle par les Palestiniens d’Israël en tant qu’état juif. Elle devrait signifier que cette accession au statut d’état équivaut à la fin des revendications et hostilités des Palestiniens envers l’état juif Israël. En un mot, la reconnaissance d’un état arabe en Palestine au nom de la résolution 181 ne peut se faire que si cet état arabe reconnaît la résolution 181 qui établit un état juif en Palestine.

A défaut, la reconnaissance d’un état de Palestine n’est pas le moyen de relancer les négociations ou d’avancer vers la paix, mais le plus sûr chemin pour s’en éloigner.

 

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